Tout semble gratuit sur internet : la musique, les films, les journaux, les messageries électroniques, la retouche de photos, etc. Dans son nouveau livre ‘Free: the future of a radical price’, Chris Anderson se penche sur la manière dont les entreprises réussissent sur internet, alors qu’à première vue elles semblent simplement jouer au Père Noël.
Chris Anderson est le rédacteur en chef du magazine américain Wired. Avant d’occuper ce poste, il écrivait pour The Economist, où il était chargé de l’information sur le monde d’internet. Anderson a développé un célèbre article de Wired pour en faire son premier livre : ‘The long tail: why the future of business is selling less of more’. Il affirme dans ce livre qu’il existe aujourd’hui tellement de niches de marché en ligne qu’une entreprise disposant d’une chaîne d’approvisionnement adaptée peut toujours réaliser un chiffre d’affaires important. En effet, tous ces produits et groupes-cibles différents se retrouvent en ligne. Dans son nouveau livre, Anderson part à la recherche de nouveaux modèles d’entreprise. Il constate que de plus en plus de sociétés proposent des produits et des services gratuits en ligne, tout en réussissant à construire un modèle d’entreprise fructueux autour de ces offres. Mieux encore : ces entreprises obtiennent des résultats meilleurs et plus conséquents en fournissant leurs produits et services gratuitement qu’en les faisant payer. Les services et produits gratuits sont plus qu’un tour de passe-passe, affirme Anderson : ils constituent une stratégie essentielle pour l’avenir de l’entreprise.
Une pénurie de rareté
Selon Anderson, l’évolution qui nous a conduits vers les produits et services gratuits a tout à voir avec la rareté économique. Ce concept est tiré de l’économie traditionnelle : la rareté des matières premières – telles que le pétrole – génère l’offre et la demande, équilibrées par le prix. Selon Anderson, ce principe ne fonctionne pas dans l’économie en ligne. En ligne, il n’y a pas de pénurie, indique-t-il. La puissance des processeurs, la capacité de stockage et la largeur de la bande passante ne cessent d’augmenter, tandis que leurs prix n’ont de cesse de plonger toujours plus vite. En 1961, un transistor coûtait 10 dollars. Aujourd’hui, Intel commercialise une puce contenant deux milliards de transistors pour 300 dollars. Il est impossible d’acheter un seul transistor : une unité coûte 0,000015 cent. Les prix des matières premières d’une industrie n’ont jamais plongé aussi rapidement et aussi profondément que dans l’économie en ligne. Anderson estime que cette constatation est à la base de ce que nous voyons aujourd’hui. Tandis que, dans l’économie traditionnelle, les prix des matières premières grimpent encore et encore, ceux des processeurs, de la capacité de stockage et de la bande passante ne cessent de chuter.
Versions de base gratuites
Bien entendu, une entreprise doit tirer ses profits de quelque part. Anderson décrit plusieurs modèles dans son livre, qu’il étaie à l’aide d’exemples pratiques. Le chiffre d’affaires de ces entreprises est généralement généré indirectement. Par exemple, les clients reçoivent un magnétoscope numérique gratuitement mais paient leur abonnement au câble. La version de base d’un service internet est également souvent gratuite, comme c’est le cas pour YouSendIt (pour le transfert de fichiers) ou Flickr (pour le partage de photos). Si les clients souhaitent obtenir la version étendue du service qui offre davantage de fonctionnalités, ils doivent payer. Dans le cas des services gratuits, la publicité est une source de revenus. Pour appuyer son idée, Anderson a d’ailleurs mis son livre en ligne gratuitement pendant quelques temps.
Critiques
Anderson affirme que les modèles utilisés ont un impact important sur la jeune génération qui découvre internet aujourd’hui. Les jeunes ne paient pas pour obtenir une information, dit-il, car ils savent que cette information est disponible gratuitement un peu plus loin. Le marché est ainsi mentalement scindé en deux parties : tout ce qui est gratuit, d’une part, et tout ce qui est payant, d’autre part, pour un prix aussi modeste fût-il. Selon les critiques, Anderson se montre un peu trop enthousiaste dans ses conclusions. Le site de clips gratuits YouTube n’a, jusqu’à présent, fait que coûter beaucoup d’argent à son propriétaire Google. Aux États-Unis, plusieurs chaînes de télévision se sont retrouvées en difficulté en n’étant plus proposées contre paiement sur le câble. Anderson a également été critiqué pour avoir cité des passages de Wikipedia dans son livre, sans mentionner correctement les sources. Mais tout ceci n’enlève rien au fait que son livre donne vraiment matière à réflexion. Et, qui sait, peut-être existe-t-il encore gratuitement quelque part sur internet ?





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