Els Demeester fait la navette entre Ternat et Munich. Elle occupe les postes de CEO de Tech Data au Benelux et de Managing Director en Allemagne et en Autriche. Cette expérience internationale lui a beaucoup appris sur les marchés et les différences culturelles. Sans oublier l’avenir des Unified Communications.
Els Demeester est ingénieur industriel. “Mais initialement, ce n’était pas le but. En fait, je souhaitais étudier l’architecture mais j’ai opéré un choix réaliste dans mes études. Au milieu des années 80, les architectes n’avaient presque pas de travail”, confie-t-elle. Lors d’une année d’études complémentaires en management, elle a effectué un stage auprès d’un distributeur IT. “Bien entendu, à l’école, nous avions déjà travaillé sur ordinateur mais, au cours de ce stage, je manipulais réellement et pour la première fois des produits informatiques. Plus que les produits, le monde qui les entourait m’a tout de suite attirée. Les distributeurs occupent une place très centrale dans le secteur, entre les fournisseurs et les utilisateurs. En tant que distributeur, vous pressentez tout de suite la direction que prennent le marché et les nouvelles tendances. En outre, tout semblait évoluer si rapidement… J’ai tout de suite été conquise.”
Différences culturelles
En 1989, Els Demeester était à la base de la filiale belge du distributeur IT allemand Computer 2000. Plus tard, l’entreprise a fusionné avec le groupe américain Tech Data. En 2001, alors âgée de 36 ans, Els Demeester est arrivée à la tête du département Benelux. Depuis 2007, elle occupe également le poste de Managing Director en Allemagne et en Autriche. Le volet international de son travail a eu un plus grand impact qu’escompté. “Cela vous change en tant que personne car vous découvrez les différences culturelles de près. La ponctualité extrême des Allemands par exemple ; j’ai sérieusement dû m’y habituer.” Par la même occasion, elle y a ajouté une touche de pragmatisme belge. L’Allemagne et l’Autriche ont tendance à pratiquer le over-engineering,
afin de suivre les procédures établies en toutes circonstances. “Il faut parfois pouvoir s’en détacher. J’ai vraiment dû implémenter cela.”
Autre marché
En outre, le marché allemand est totalement différent du marché du Benelux. “J’ai été surprise. Le top dix allemand des fournisseurs contient souvent des fournisseurs totalement différents des nôtres. J’en ai déduit que l’histoire d’une marque et d’un marché est très importante mais le marketing et le support peuvent aussi faire la différence.” “Les différences de ce top dix en disent également long sur les produits”, poursuit Els Demeester. “En fait, cela prouve que les mauvais produits IT n’existent plus. Souvent, la technologie est très semblable. La différence se trouve donc ailleurs. Parfois, une entreprise choisit encore purement selon la fonctionnalité d’un produit donné. Mais, dans la plupart des cas, c’est le distributeur qui influence le choix en fonction du service, de la marque, du support,…” En Belgique, ces deux derniers aspects sont très importants car chez nous – surtout par rapport aux Pays-Bas – il existe un véritable time-to-market conservateur. Nous n’avons pas de véritables early adopters.”
Le smartphone, un outil incontournable
De par sa fonction internationale, Els Demeester voyage beaucoup. Depuis la Belgique, elle entretient un contact permanent avec les filiales étrangères. “Nous recourons beaucoup à la vidéoconférence. Mais cela ne m’empêche pas de me rendre régulièrement en Allemagne et en Autriche.” Pendant ces voyages, le smartphone est devenu indispensable. “J’accorde beaucoup d’importance aux Unified Communications. Dans mon cas personnel, il s’agit d’un gain de temps d’au moins 30 %.” Els Demeester plaisante sur le fait que, désormais, elle est capable de trouver son chemin dans l’aéroport de Munich les yeux fermés et que cet endroit est équipé afin de permettre aux usagers de travailler sur un PC portable. “En fait, nous évoluons à nouveau vers un monde de client-serveur, tout est simplement sans fil de nos jours. Je veux toujours un accès rapide et facile aux applications et données de l’entreprise, avec tout appareil : mon PC personnel chez moi, mon PC portable à l’aéroport, mon smartphone pendant une réunion, …”
Nouvelle génération
Els Demeester : “Dans ce contexte, le stockage central de données est important, tout comme la sécurisation. Et, bien entendu, la bande passante doit pouvoir suivre.” Pour elle, il s’agit de LA condition pour que le succès des applications mobiles se poursuive. “Nous devons pouvoir faire davantage que simplement lire de petits e-mails. Les applications lourdes doivent également tourner sur le smartphone. C’est peut-être la raison pour laquelle la tendance à miniaturiser les smartphones semble disparaître. La visualisation d’une présentation PowerPoint requiert un plus grand écran. Les utilisateurs sont déjà demandeurs. Nous assistons à l’émergence d’une nouvelle génération de collaborateurs qui ont grandi avec les PC et les smartphones. Ils vont stimuler encore davantage l’utilisation des Unified Communications. Aujourd’hui, la technologie soutient et optimalise les processus existants (permissif). Demain, elle devra changer l’essence des processus (moteur). Cette étape n’est plus très loin.”
Ne jamais s’arrêter
Dans les listes de femmes belges influentes dans le secteur IT, Els Demeester brille toujours aux premières places. Même si notre pays compte quelques autres exemples de femmes qui ont évolué dans des fonctions stratégiques importantes, ce sont toujours des exceptions. Els Demeester : “La situation a toujours été telle. Quand j’ai terminé mes études, nous étions trois filles.” Selon le CEO de Tech Data, peu de jeunes choisissent d’étudier l’informatique à cause de la fausse image qui circule quant au contenu et aux possibilités qu’offrent ces études. “Souvent, les jeunes pensent qu’il s’agit d’une formation purement technique. Ils ne savent pas que dans l’IT, de nombreuses fonctions ont trait à la gestion de projets : dès lors, des aptitudes sociales sont requises, des connaissances linguistiques, etc.” Cette image erronée effraie inutilement les jeunes – et assurément les filles. Mais l’enseignement endosse aussi sa part de responsabilité. “Quand j’étudiais, un lien clair entre la formation et le monde professionnel faisait défaut. Entre-temps, je n’ai pas l’impression que la situation s’est améliorée. Au cours d’une formation en informatique, le monde qui se cache derrière la technologie devrait bénéficier d’une plus grande attention. Dans notre secteur, la communication est très essentielle et, pourtant, la formation l’aborde à peine.” Els Demeester n’avait aucun problème à être l’une des seules femmes pendant ses études. Pas plus que lorsqu’elle a trouvé sa voie dans le secteur IT – tout de même dominé par les hommes. “C’est parfois un avantage. En tant que femme, je bénéficie d’une plus grande visibilité dans ce monde d’hommes. En fait, je ne me suis jamais arrêtée à ce détail. Je n’en vois pas l’utilité.”
Identikit
Els Demeester a fait des études d’ingénieur industriel à Ostende. Elle a parfait son diplôme par une année d’études supplémentaire en management. Pendant cette formation, elle a obtenu une place de stagiaire auprès d’un distributeur de matériel informatique. Elle ne changera plus de secteur. En 1989, elle a collaboré à la fondation de la filiale belge de Computer 2000, le distributeur IT allemand qui fusionnera par la suite avec le groupe américain Tech Data. Depuis 2001, Els Demeester exerce la fonction de CEO de Tech Data Benelux. En outre, elle est Managing Director des filiales allemande et autrichienne. Au Benelux, Tech Data enregistre un chiffre d’affaires d’environ un milliard d’euros, et emploie 430 collaborateurs.




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