Comment les entreprises envisagent-elles le cloud computing dans la pratique ? Quelles sont leurs raisons de (ne pas) prendre le train en marche ? One a mené l’enquête. Six organisations ont débattu de leur vision du cloud computing et de leurs premières expériences en la matière.
Dans le monde de l’ICT, le cloud computing est LE sujet d’actualité. Le cloud computing est le concept d’architecture qui se cache derrière toutes sortes de services, suivant le principe du Software as a Service. Dans la pratique, son champ d’application est bien plus large : le concept peut s’appliquer à l’infrastructure, aux applications et aux données. Le cloud computing altère le rôle des CIO : ils doivent moins s’occuper de l’infrastructure, mais consacrer davantage de temps aux négociations relatives à la gestion des SLA. Comment nos entreprises abordent-elles le cloud computing ?
Les services en exergue
“La fin des années nonante a déjà marqué les débuts de la virtualisation des serveurs”, déclare Frans Van de Ven, IT Manager chez DHL. “Nous avons rassemblé les serveurs provenant des différents pays dans un datacenter. Le cloud computing va un cran plus loin.” Le point de départ est une organisation de l’IT plus efficace - de préférence d’une haute qualité et à un prix intéressant. “Nous considérons la fourniture des services nécessaires au business comme notre tâche”, confie Geert Beyen, IT Operations Manager chez Kluwer. “La manière dont nous nous organisons concrètement en ce sens est sans importance pour ce business. Nous recourons à un mélange de clouds privés et publics.” À l’administration fédérale, le tableau est tout autre. Chaque service fédéral possède sa propre stratégie IT, avec sa propre infrastructure. “Reste à savoir si un département IT doit fournir lui-même tous les services”, poursuit Frank De Saer, CIO du SPF Économie. “Devons-nous investir dans l’infrastructure ? Le CIO d’un service fédéral doit en premier lieu se concentrer sur le business et l’innovation. Les services aux citoyens et aux entreprises restent bien entendu la composante la plus importante.”
L’importance des SLA
Passer sans transition d’un environnement décentralisé au cloud ne semble pas avisé. “Impossible d’évaluer correctement les avantages du cloud computing sans avoir comparé avec le fonctionnement d’un datacenter propre”, précise Hans Denijs, IT Manager chez VPK. “Pour cette raison, nous avons récemment construit notre propre datacenter. Nous y avons réuni les infrastructures de différents pays. Nous avons constaté que les départements locaux éprouvaient tout de même sensiblement plus de difficultés à transférer des applications critiques pour l’entreprise dans un datacenter.” En cas d’incident, le département business local apprécie le fait d’avoir un contact sur place. Bien entendu, lorsque tout se trouve dans un datacenter éloigné ou presque tout à fait immatériel dans un cloud, c’est impossible… D’où l’importance des SLA. “En réalité, c’est justement un argument en faveur du cloud”, ajoute Jean-Marie Van Cutsem, IT Operations Manager chez Isabel. “Le réseau et la communication déterminent le succès de ce modèle. Dans ce cas, en tant qu’entreprise, il vaut encore mieux opter pour un partenaire fiable.”
Le caractère crucial de la largeur de bande
En effet, tout le concept de cloud computing dépend de la capacité et de la disponibilité du réseau. “L’évolution ultérieure du cloud computing mène à une situation dans laquelle la largeur de bande du réseau détermine tout”, explique Filip Tersago, Unit Manager chez Belgacom EBU. “En principe, les entreprises n’auront plus d’autre besoin que cette largeur de bande.” Alors que le reste de l’environnement IT se trouve dans le cloud, le concept s’apparente lentement à une utilité. “En effet, c’est la direction que nous empruntons”, avance Joerie Swennen, Unit Manager chez Belgacom EBU. “Nous le constatons déjà actuellement dans toutes les réactions que suscite le cloud computing. Ces réactions concernent de moins en moins le côté infrastructurel de la chose, mais portent très concrètement sur les SLA à un prix correct et un haut degré de flexibilité.”
Solution mixte
L’attention sans cesse croissante dont bénéficie actuellement le cloud computing n’est pas le fruit du hasard. “La crise économique accélère clairement l’adoption du cloud computing”, précise Tommy Van Roye, IT Manager chez Picanol. “En soi, l’idée n’est absolument pas neuve. Selon moi, il s’agit d’une nouvelle forme d’externalisation.” Il ne conçoit pas qu’à terme l’IT évolue en une véritable utilité. “Certains services resteront toujours en interne, tout simplement parce qu’ils sont critiques pour l’entreprise.” Chez Isabel, on partage cette vision d’un modèle hybride. “Acquérir un service est plus simple qu’acheter du matériel”, estime Jean-Marie Van Cutsem. “Pour deux de nos cinq datacenters, nous nous basons sur le modèle de “managed services”. Plus tard, lorsque nous migrerons notre application “fat client” destinée aux entreprises et aux banques vers une application web, l’opération exigera davantage de performance et de flexibilité de la part du datacenter. Anticiper le déroulement précis des événements n’est pas une mince affaire. Travailler avec des managed datacenter services présente l’avantage de ne pas devoir acquérir inutilement, pour cette migration, une capacité supplémentaire considérable, comme l’aurait exigé un datacenter propre.” La plupart des organisations arriveront peut-être, au fil du temps, à une solution mixte. “Une partie passe dans le cloud, d’autres services passent via managed services, d’autres encore continuent d’être gérés en interne”, déclare Geert Beyen. “Les besoins, le prix, la qualité et l’expertise nécessaires seront systématiquement pris en considération.”
D’IT Manager à gatekeeper
À mesure que l’infrastructure, les applications et les données disparaissent dans le cloud, le rôle de l’IT Manager évolue. “Une partie des soucis opérationnels disparaît”, constate Hans Denijs. “L’IT Manager peut dès lors se consacrer davantage à la stratégie. Il devient un nouveau gatekeeper pour l’introduction de nouvelles technologies.” La dépendance de l’expertise disparaît par la même occasion. Un expert en infrastructure quittant la société engendrait auparavant son lot de problèmes. Dans le cloud, ce n’est plus le cas. L’expertise se trouve entièrement chez le partenaire. Qu’advient-il donc du rôle de différenciateur de l’IT ? Ne diminue-t-il pas, lorsque les entreprises acquièrent via cloud computing les mêmes services auprès des mêmes partenaires ? “Ce risque est difficile à prédire”, déclare Tommy Van Roye. “Vendrons-nous plus de métiers à tisser si nous organisons notre IT via cloud computing ? C’est pratiquement impossible à chiffrer. L’avantage réside principalement dans la flexibilité accrue. Son impact doit se faire ressentir jusqu’au niveau opérationnel. Nous pourrons ainsi affirmer que les coûts inhérents à l’IT par métier baissent.”
Support amélioré
“Toutefois, faire purement dépendre le cloud computing des coûts ne me semble guère avisé”, confie Frank De Saer. “La disponibilité et la qualité ont également leur importance. Pour les pouvoirs publics, garantir le support de certains services au citoyen - par exemple les applications web - jour et nuit n’est pas une sinécure. Nous pensons que le cloud computing pourrait s’avérer très précieux dans ce contexte.” Un meilleur support de l’utilisateur final s’organise plus aisément via le cloud computing. Frans Van de Ven : “Dans un environnement international, ce support peut plus facilement s’organiser de manière centrale, avec un niveau de qualité identique pour l’ensemble de l’entreprise.” L’intégration est également un point essentiel du cloud computing, assurément dans le cas des pouvoirs publics. “Le cloud facilite la customisation locale des applications “, révèle John Myklebust, Director Datacenter Services chez Belgacom EBU. “La valeur ajoutée pourrait dès lors découler d’un écosystème d’expertise permettant de relier mutuellement différents services publics, via le cloud.”
Le partenaire adéquat
À mesure que le cloud computing gagne en popularité, le rôle du partenaire gagne en importance. Les partenaires endossent une responsabilité considérable. Ils doivent faire preuve de flexibilité, fournir de la qualité et imputer un prix acceptable. “Il me semble logique qu’un partenaire soit à la fois opérateur télécom et fournisseur IT”, précise Hans Denijs. “La connectivité et la prestation de services sont indissociablement liées. Toutefois, nous n’aurions peut-être pas tort de déjà penser à la congestion. Si chacun va travailler à Bruxelles au même moment, des embouteillages se forment. Quid si nos activités IT doivent être transférées en plus grand nombre vers le datacenter de notre partenaire via le réseau ?”






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