Auteur, chef d’entreprise et consultant, l’Américain Salkowitz est spécialisé dans l’analyse des répercussions sociales de la technologie sur l’homme, son cadre de vie et ses conditions de travail. Autant de thèmes que l’on trouvait déjà dans ses précédents ouvrages, Generation Blend et Listening to the Future.
Ces thèmes constituent de nouveau le fil rouge de Young World Rising, mais s’appliquent cette fois à l’échelon global, macro-économique. L’ouvrage tout entier s’intéresse à ce que Salkowitz appelle le “dividende démographique” : comprenez l’avance dont bénéficie un pays dont la population est plus jeune que celle des autres nations. Forts de cet esprit jeune, auquel viennent s’ajouter la mondialisation des canaux commerciaux et un accès toujours plus important à la technologie et aux réseaux à large bande, ces pays (désignés de façon collective comme The Young World) prendront une avance capitale sur le reste du monde au cours des décennies à venir.
Vieillissement
Nos sociétés occidentales, marquées par le vieillissement rapide de leurs populations, devront alors se rendre à l’évidence : ce sont les pays que nous qualifions encore de “pays en développement” qui seront les plus féconds en termes d’innovation. En l’occurrence, l’Inde, le Brésil, le Vietnam, le Mexique, la Malaisie, l’Afrique du Sud et les Philippines, mais aussi le Kenya, le Ghana, le Chili et le Nigeria. Les jeunes de ces pays réalisent en effet avec enthousiasme qu’entreprendre peut être un moyen d’échapper à la misère et que prendre son destin en main est bon pour soi, mais aussi pour la société en général.
Selon l’auteur, ils sont environ 4 milliards : ces jeunes - qui ont tous moins de 30 ans - sont informatisés et ont accès à Internet comme aux réseaux sociaux. Ils possèdent au minimum un diplôme de l’enseignement secondaire et sont impatients de montrer ce dont ils sont capables. Cet accès toujours plus grand à des TIC toujours moins coûteuses leur offre en outre la possibilité de se défouler à l’envi sur le plan créatif, ce qui renforce leur productivité.
Salkowitz va encore plus loin. Ces pays ont non seulement le potentiel requis pour tourner le dos à la pauvreté, mais joueront aussi un rôle géo-économique de plus en plus important à mesure qu’ils avanceront sur la voie du développement. Un rôle à ce point important d’ailleurs qu’ils deviendront les nouveaux centres névralgiques de la géopolitique dans la deuxième moitié du XXIe siècle. Les centres du pouvoir ne se trouveront plus à Londres, Washington ou Tokyo, mais à Sao Paolo, New Delhi et Kuala Lumpur.
Chine
D’après Salkowitz, un seul pays est absent de cette vision d’avenir : la Chine. Et l’auteur d’expliquer clairement son point de vue avec force diagrammes, statistiques et infographiques. La Chine n’est pas jeune : la population active atteindra un pic en 2016 et commencera ensuite à diminuer. En 2050, la moyenne d’âge du pays sera de 45 ans, alors qu’elle se situera toujours autour de 26 ans en Inde.
La Chine n’est pas ouverte. Le taux de pénétration Internet y est certes très élevé, mais la censure et le contrôle du gouvernement coupent les ailes à l’innovation. Elle n’est pas non plus un pays d’entrepreneurs. L’État tient toujours d’une main ferme les rênes de l’économie, le contrôle étatique reste très présent et la planification est (encore) centralisée.
Autre constat : la Chine n’est plus un pays en développement, elle est développée. Quand bien même il ne représente qu’une fraction du nôtre, le revenu moyen des Chinois augmente à toute vitesse et en 2020, le pays sera la deuxième puissance économique au monde, après les États-Unis. La Chine a déjà pratiquement rattrapé le Japon.
Les choses se présentent mieux pour l’Inde, désormais considérée comme un véritable vivier pour les grandes et petites sociétés du secteur IT et logiciel. Ce n’est pas un hasard si une ville comme Bangalore est appelée la “Silicon Valley indienne”.
Défis
Le Young World devra bien entendu relever d’immenses défis avant d’en arriver là. Il lui faudra d’abord résoudre des problèmes tels que le sous-développement, l’enseignement médiocre, la pauvreté, les troubles sociaux et l’instabilité politique. Mais ce sera là un excellent apprentissage, qui lui permettra de progresser. Exactement le type d’apprentissage que nous autres, Occidentaux, n’avons plus connu depuis très longtemps…
Certains pays du Young World relèveront ces défis avec succès, d’autres pas. Mais une chose est sûre et évidente : un énorme glissement dans les rapports de force mondiaux est d’ores et déjà en cours.






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